Friday, March 23, 2007

Entrevista com Louis Skorecki nos Inrockuptibles (morceaux choisis)

Les cinéastes font les films que les gens ont envie qu'ils fassent. Donc si les films sont mauvais, c'est que les cinéphiles sont mauvais. Ça, c'est un truc que j'ai mis quarante ans à pouvoir dire sous une forme aussi simple. Je le crois profondément: les films sont mauvais si les spectateurs sont mauvais.

Depuis Godard, l'idée que le cinéma ce n'est pas de l'image mais aussi du son est un peu passée. Moi je le pense absolument. Le cinéma, c'est surtout du son, on peut fermer les yeux, s'endormir, on entend encore. Donc déjà ce n'est pas seulement ce qu'il y a sur le cadre. Et c'est sûrement pas le cadre. C'est surtout pas la photo. Ce n'est même pas la mise en scène. Une fois qu'on a enlevé tout ça, il reste quoi? Quelqu'un dans le noir qui est un enfant et qui rêve un film.

Ni Daney ni moi savions où était le réel quand nos étions cinéphiles. On se savait même pas vraiment ce que disait un film. Les cinéphiles sont nés du désir de donner une forme à ce qu'ils vivaient sur le mode de l'hallucination.

[un bon critique] c'est quelqu'un qui ne se trompe pas sur les films. On s'en rend compte quelques années après. Un critique, on a envie de lui dire: "Fais juste ton travail, trouve les bons films".

Quand on écrit des articles, quand on fait des films, il faut être en paix avec le fait de ne pas être aimé. Ça ne veut pas dire, comme a voulu me le faire dire un journaliste très con, que j'ai envie d'être l'homme qu'on aime détester. Ce serait ridicule. Mais il faut pouvoir être un peu calme par rapport à l'amour ou la haine qu'on suscite.

Comment tu veux faire du bon cinéma si tout le monde fait du mauvais? Personne ne pourrait être le seul bon cinéaste. Mais le problème de la critique, c'est aussi le problème du cinéma. Le problème d'une revue comme les Cahiers aujourd'hui, c'est aussi les films. C'est dur d'écrire. Sur qui on écrit? Pour quel lecteur? Dans quelle perspective?

Puisque le cinéma n'est plus ce truc à faire rêver dans lequel le spectateur est un enfant, pourquoi ne pas prendre la part d'enfance des jeux et voir si ça fonctionne, réfléchir par exemple sur la façon dans la GameBoy s'est substituée à la bille.